Gazette de l’ete 2022

Les travaux du moment a la ferme

Bonjour à toutes et à tous!

C’est après un long été d’absence que la gazette revient! Nous réalisons que la dernière gazette date de mai nous avons donc… 4 mois de retard à rattraper. Toutes nos excuses, nous allons à l’avenir tâcher de tenir le rythme d’une gazette (au moins) bi-mensuelle.

L’été que nous avons connu fût comme le vôtre très chaud (nous parlons bien des températures hein). Les plantes et leurs gardiens ont souffert sous des températures inhabituellement hautes… mais ce sera une météo, sans trop vouloir jouer les devins, de plus en plus banale pendant les étés futurs. A nous de nous adapter mais aussi d’adapter nos cultures, et rechercher des variétés du sud du pays pour les semer à Kergwenn n’apparaît plus comme une idée saugrenue. Nous verrons…

Qu’avons-nous donc bien pu faire pendant cet été. Eh bien, pour nous l’été rime avec haute saison! Nous rejoignons les restaurateurs/commerçants pour qui l’été rime aussi avec pic de travail. Les semis et préparations de sols du printemps ont donné lieu à de belles récoltes et à de belles visions. Comme elles paraissaient loin ces images de rangs de tomates vous faisant de l’ombre, de morsure à pleines dents dans une tranche de melon… eh bien, pas eu le temps de dire ouf que tout cela est déjà terminé. C’est souvent comme ça avec un évènement que l’on attend avec impatience, à force de le regarder arriver, on ne prend pas le temps de le voir passer! Carpe diem carpe horas facile à dire, mais quant à l’appliquer!

Dans l’ordre depuis notre dernière gazette de mai : nous avons planté les petits pois et haricots extérieurs, les céleris, tous les légumes d’été n’ayant pas encore été installés (tomates, melons, poivrons, pastèques, aubergines, haricots grimpants, patates douces, courgettes), et les premiers légumes de l’automne (courges et pommes de terre).

Les légumes d’été ont bien donné malgré les trop fortes chaleurs. Le paillage au foin nous paraît un choix salutaire. L’irrigation en goutte-goutte sur ce foin a permis de maintenir une couche fraîche sur le sol. En plus de la nourriture apportée aux plantes par sa décomposition, elle a permis aux bestioles et autres bactéries du sol de supporter ou survivre à ces chaleurs caniculaires. Dehors, en plein champ, les arrosages planifiés n’ont pas tous pu être effectués à temps et nos petits pois de plein champ ont passé l’arme à gauche plus vite que l’on ne l’aurait souhaité. De même, les courgettes sur foin qui n’avaient nécessité aucun arrosage lors des 3 derniers étés, se sont trouvées mal en point avant que l’on ne s’en rendent compte. La fin de production est arrivée plus rapidement que prévu.

Considérant la situation de chaleur doublée d’une sécheresse exceptionnelle, nous avons pris un soin particulier au bon démarrage des cultures d’automne (poireaux, blettes, carottes, céleri rave, etc.). On peut dire aujourd’hui qu’on a assuré et qu’on a sauvé les meubles. Vu la tête des blettes transplantées en plein mois d’Août, ce n’était pas gagné. Pour arriver à ce résultat, nous avons eu quelques coups de main bien réconfortants à des moments clés qui nous ont aidé à tenir le coup. Nos divers anges-gardiens se reconnaîtront 🙂

Pour parfaire la description du millésime printemps-été 2022, nous avons bénéficié d’un bel exemple de loi de Murphy (loi de l’emmerdement maximal). Dès la fin du printemps, nous avons dû mener -avec les autres membres du Conseil d’administration- un sauvetage in extremis de l’association qui nous est chère : le CIVAM29. Tout ça nous a pris énormément de temps à un moment où normalement on mettait notre implication associative en repos. Sauvetage réussi, à coup de rencontres avec des élus, d’un bel élan citoyen et d’une cagnotte qui a dépassé nos espérances. Pour l’instant, le CIVAM survit donc et peut continue de proposer aux futur.e.s paysan.e.s des formations riches et pertinentes.

Après cela il y eu l’incident technique majeur de notre forage condamné à cause d’une avarie sur la pompe… affaire toujours en suspens nous attendons l’expertise de l’assurance qui doit trancher l’épineuse question de qui payera la facture. Car nous allons devoir prochainement faire faire un nouveau forage sur notre parcelle et installer une nouvelle pompe. Comme les coups durs sont (heureusement) souvent couplées à des coups de boost, nous avons surmonté ces moments délicats grâce à une bonne dose d’entraide. Entraide grâce à notre voisin qui nous a immédiatement permis d’utiliser son forage le temps que tout soit rétabli, entraide pour arroser les plants en stress hydrique au tuyau d’arrosage ou carrément à l’arrosoir, soutien psychologique bien nécessaire à certains moments. Encore une fois, MERCI les copains/ copines/ famille.

Oserons-nous rajouter l’arrêté sécheresse, l’interdiction d’arroser le jour et sa dose de stress qui nous est tombés dessus dans ce contexte? Bref, cet été 2022 restera dans nos mémoires à coup sûr !

Début septembre, avec les pluies revenues et les températures en baisse, nous avons senti un vent d’automne arriver. Et pour nous, automne rime avec baisse progressive du rythme. Les récoltes sont désormais moins chargées (vous avez probablement remarqué que les légumes d’été se font sporadiques sur notre étal) ce qui nous laisse d’avantage de temps pour le reste.

Plantation d’épinards sous abri

Notre ferme change peu à peu de visage: cultures d’été déperissantes, jeunes épinards et mâches qui gagnent en vigueur de jour en jour, et chaque semaine un nouveau légume vient se rajouter à la récolte. “Tiens, les poireaux ont atteint le bon calibre! Tiens, les choux cachés sous le voile sont devenus superbes on peut y aller! Oh ça y est les premiers radis noirs sont presque prêts!”

32 plaques de 150 mottes… ça va mâcher cet hiver!
Les fleurs de fenouils nous offrent de jolies visions, de quoi relever délicatement des salades avec un gout anisé, ou une tisane galactogène au top pour les mamans qui allaitent 🙂 Merci le fenouil !

Les champs récoltés d’oignons et de patates sont déjà retravaillés et semés en engrais vert. Les choux et les poireaux ont été binés, désherbés et butés dans les temps. Compte tenu du contexte, on est plutôt contents car on n’est pas en retard!

La fin des haricots
La devise du maraicher:

Quand sur un champs fini de récolter tu auras, en surface le sol tu retravailleras, et vite vite un engrais vert tu sèmeras. Au printemps suivant des litres de sueurs en désherbage tu t’épargneras!, et ton sol te remercieras”

“Ah ben voilà, là c’est propre!”

En parlant de récolte, la fin de l’été a été marquée par quelques gros chantiers, à savoir la récolte des oignons, des courges, et surtout des pommes de terre. Chantier participatif, comme les années précédentes, marqué par la collaboration et la bonne humeur 🙂

La question du stockage des légumes se pose depuis notre installation à Kergwenn. Nous avons acquis l’an dernier un container frigorifique afin de stocker nos légumes à température acceptable (12degrés) en plein été. Mais pour les cultures d’hiver en grande quantité, nous n’avions toujours pas de solution. Après avoir testé le stockage des caisses d’oignons et de courges dans notre couloir de maison et dans notre garage, nous avons opté pour un stockage à la ferme. Il nous a donc fallu acheter un algeco, qui fait certes un peu tâche dans le paysage, mais qui nous rendra bien des services et nous permettra les années à venir d’augmenter notre production de courges. Impressionnant de voir cet immense cube être baladé au bout d’un camion-grue comme s’il s’agissait d’un gros Lego !

Belle récolte de Butternut à venir

Pour finir sur une note positive (il y en a tout de même eu, au cours de cet été), notre second essai de couvée de poussin se déroule très bien ! La première s’était soldée par un échec et les 6 poussins éclos avaient tous eu un sort peu réjouissant (un abandonné par sa mère dans un coin, un noyé dans l’écuelle, deux emportés par une pie/corneille (coupable volant non identifié à ce jour) et le dernier mangé par une fouine ou martre. Bref, c’était un coup d’essai dirons-nous. Ce coup-ci nous avons appris de nos erreurs, les quatre poussins éclos ont maintenant un peu plus d’un mois, et grâce à notre installation spéciale “sécurité-renforcée”, ils sont tous en vie ! Croisons les doigts pour que dans le lot il y ait des femelles.

Les legumes du mois

Légumes sur notre étal en ce moment (c’est l’étal le plus diversité de l’année, tant en saveurs qu’en couleurs…)

  • Salades
  • Persil botte/ basilic botte
  • Betteraves crues et cuites
  • Dernières tomates, aubergines, poivrons, concombres
  • Pommes de terre Allians et Désirée
  • Bottes de blettes
  • Panais
  • Carottes
  • Poireaux
  • Céleris raves
  • Oignons
  • Échalotes
  • Patates douces
  • Choux verts lisses, frisés
  • Choux kale
  • Chou rouge
  • Chou-fleur

Légumes à venir:

  • Epinards
  • Radis noir

La Recette du mois !

Ce mois-ci, nous avons remplacé la rubrique “Agri-cultulre” (gros manque d’inspiration…) par une rubrique réclamée par certains depuis longtemps, la rubrique des recettes ! Vous êtes plusieurs à nous faire partager vos bonnes idées de recette, soit à l’oral sur le stand soit en nous les envoyant par mail… Nous tâchons de les diffuser, et sommes contents de voir que les légumes inspirent tant de créativité. Ce mois-ci c’est une recette trouvée dans un magazine, mais nous pourrons aussi diffuser les vôtres les prochaines fois, alors n’hésitez pas à nous les envoyer!

Velouté de Céleri-rave, panais et pommes

Il vous faut:

  • 500 g de céleri-rave (de Legumaj’ Kergwenn bien sûr ! Toute autre provenance rendrait la recette beaucoup moins réussie… 😉
  • 1 panais (idem)
  • 1 oignons (idem)
  • 1 petit poireau (idem)
  • 3 pommes
  • 1 L de bouillon de volaille
  • Laurier, thym, noix de muscade
  • 20 cl de crème liquide
  • huile d’olive
  • sel et poivre

Épluchez et émincer l’oignon, hachez finement le poireau, épluchez et coupez les pommes en cubes, idem pour le panais et le céleri-rave.

Faites revenir à l’huilde ces ingrédients dans une grande casserole à feu moyen pendant 10 min.

Ajoutez les aromates (thym, laurier, noix de muscade) et le bouillon de volaille. Portez à ébullition puis laissez cuire 30 min à feu doux.

Retirez le thym et le laurier, mixez le tout et ajoutez la crème, le sel et le poivre !

Testé et approuvé 🙂

Edito

Dans cette rubrique, nous souhaitons exprimer des avis personnels en lien avec notre métier d’agriculteur, ou faire des petits zooms sur l’actualité de l’agriculture.

Parlons d’agriculture et de technique ou plutôt d’agriculture et de technologie. Les liens complexes et multiples qui unissent ces deux notions n’ont pas fini de nous faire cogiter et débattre. Nous avions déjà dédié un Édito à l’excellent bouquin de l’Atelier paysan Reprendre la terre aux machines, mais la thématique ne cesse pas de nous inspirer… Car oui, les problèmes qui concernent notre métier sont très liés à la technique, à la technologie. Quelle est la place qu’un.e agriculteur.trice donne à la technologie dans son métier, quelles marges de manœuvre, d’autonomie de décision et aussi d’adaptation a-t-il ou a-t-elle vraiment? Ces question nous sont ressurgies en pleine poire cet été lors d’un coup de téléphone des services de l’état. On nous proposait de tester une nouvelle application pour notre déclaration PAC.

Pour rappel, la PAC c’est cette Politique Agricole Commune européenne qui subventionne l’agriculture. Chez nous, les subventions PAC ne représentent pas une grande partie de notre chiffre d’affaire. L’aide qui nous est versée liée à notre surface déclarée s’élève à environ 500€/an (soit moins de 1,5% de notre CA). Il y a aussi l’aide à la conversion en agriculture biologique qui elle, non liée à la surface exploitée, s’élève à 3000€/an (soit mois de 7% de notre CA), qui va bientôt s’arrêter pour nous car cette période de conversion s’achève. Ces subventions nous sont versées suite à déclaration en ligne via une carte interactive et des formulaires dont la compréhension s’avère parfois difficile. Nous effectuions cela une fois par an sur notre ordinateur.

Le coup de téléphone des services de l’état nous invitait à essayer une nouvelle application smartphone. Celle-ci permettrait de délimiter notre surface cultivée puis, après analyse d’une photo satellite, l’application pondrait une identification de culture (maïs, prairie, colza,…etc.) qu’il nous faudrait ensuite corriger pour que cela aide le satellite à mieux reconnaître les cultures à subventionner. Problème pour des petits maraichers diversifiés comme nous, la multiplication des petits îlots de légumes différents rendra fou le logiciel et il ne sera pas capable de les analyser. La correction manuelle sera donc obligatoire. La dame au téléphone me l’avoue à demi mots, ce logiciel est dimensionné pour une agriculture de grandes parcelles, simplifiée de type monoculture. Le maraichage diversifié, les parcelles en agro-foresterie et autres types de culture qui constituent à nos yeux la vraie agriculture innovante de demain, ne sont pas faits pour ces modèles numériques simplistes.

Cette application, uniquement sous forme de test pour 2022 deviendra obligatoire dès l’an prochain m’assure-t-on. A ma question: que faire quand on n’a pas de smartphone et qu’on veut continuer à faire la démarche sur ordinateur, on me répond que je n’ai pas le choix si je souhaite continuer à toucher les aides de la PAC. La question se pose donc en ce qui nous concerne car nous ne souhaitons pas tomber dans le piège des nombreuses applications qui rythment et organisent le travail des agriculteurs.

Les lourdeurs administratives toujours à portée de main, les données météo en temps réels qui nous font oublier qu’on les avait consultées 1h auparavant, sont autant de pièges dans lesquels nous ne voulons pas tomber. J’avais lu il y a quelque temps que l’agriculture est un des métiers où les gens sont le plus connectés. J’imagine que la plupart des agriculteurs en sont fiers et voient ça comme une preuve d’innovation et de marche vers le progrès (un léger syndrome de l’image du “plouc” dont on voudrait se débarrasser?). Quelle est réellement la part d’amélioration des conditions de vie et de travail de l’agriculteur dans tous ces nouveaux outils numériques soit-disant indispensables? Qu’en est-il de leur poids dans le surendettement des agriculteurs, de leur pouvoir d’aliénation vers toujours moins d’autonomie dans les fermes? Sans parler de la problématique de la collecte des données qui part le plus souvent vers des grandes entreprises à l’étranger, du coût écologique lié à la construction de tous ces équipements et au stockage des données sur internet…

Là où le paysan savait observer ses vaches pour détecter les chaleurs, maintenant des capteurs envoient ces données directement sur son smartphone, là où il observait ses champs pour déterminer l’état sanitaire de ses cultures, maintenant des drônes peuvent le faire à sa place et lui suggérer des traitements préventifs adéquats. Pour être un agriculteur moderne, il faut être connecté et bientôt l’intégralité du travail pourra se faire chez soi depuis le smartphone. C’est pousser le bouchon un chouïa loin mais nous y sommes presque, il existe bien des tracteurs qui sont autonomes dans les champs…

Lorsque l’on se pose la question de souscrire ou non à cette application pour pouvoir continuer à toucher les aides PAC, c’est tout ce modèle que l’on souhaite questionner. Nous sommes heureusement nombreux à le faire, à souhaiter revenir vers d’avantage de souveraineté sur nos fermes, plus de low-tech (accessible pour le plus grand nombre de paysans et reproductible à moindre coût) qui nous permettrait réellement de gagner en confort, en nous réappropriant nos outils de travail. A nos yeux, il n’y a pas matière à rechercher toujours plus d’innovation high-tech dans l’agriculture, les réponses existent déjà. Les techniques de permaculture, d’agro-écologie, l’installation massive de paysans sont les réponses de demain à la production de nourriture de qualité et durable. Ce n’est pas grâce à des innovations technologiques que nous résoudrons les problèmes créés par les technologies existantes, contrairement à ce que le modèle agricole dominant veut nous faire croire. Il suffit d’écouter l’idéologie vantée par le grand salon de l’élevage rennais (le SPACE) pour voir que le monde agricole n’a pas encore saisi l’importance du virage qu’il va devoir mener.

Bref, pour nous, ce sera probablement un au-revoir aux aides de la PAC, ce qui n’est pas pour nous déplaire de toute façon car nous ne souhaitions pas en dépendre trop fortement.

A-benn ar wech all evit keloù all ! A bientôt pour la nouvelle gazette !

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