Gazette de féevrier – mars 2022

Les travaux du moment a la ferme

L’année 2022, la saison et son cortège de légumes primeurs, redémarrent. Enfin. Même si les hivers ne sont pas froids (de moins en moins?), ils n’en restent pas moins longs ! Et quand on y pense, il est tout à fait probable que l’hiver s’accroche encore quelques temps aux premiers moments de ce printemps.

A la ferme, nous avons su profiter des températures clémentes. Les semis, les rempotages et certaines plantations se sont enchaînées. Semis de salades, persil, coriandre, céleris rave (légume qui prend son temps…), concombres. Rempotage des tomates (eh oui!) qui a entraîné un remplissage impressionnant de la pépinière ! On passe de 6 plaques alvéolées remplies de jeunes plants à 36 caisses d’une vingtaine de poquets. Leur dernière maison avant repiquage dans la terre de Kergwenn… et tout ça prend de la place !

Le travail débuté sous les tunnels cet hiver a porté ses fruits. Des légumes semés/plantés d’octobre à janvier vont se retrouver sur notre étal dès samedi 02 avril prochain ! Le travail sous tunnel continue avec la préparation des planches de culture pour les légumes d’été. On débâche, on désherbe les rumex et autres circes récalcitrant (4 mois sous bâche et toujours vivants…) et on apporte le fumier composté.

Oignons et échalotes sur toile tissée (réutilisable)

En plein champ aussi, ça s’agite ! Travail du sol et pose de toile tissée pour les oignons et échalote, préparation du sol pour les pommes de terre de conservation qui seront semées en avril, destruction des buttes dans le jardin n°7 (poireaux 2021, carotte/fenouil/panais en 2022).

Et les oignons 2022 sont plantés dans la foulée. Alors que nous écrivons ces lignes, tout s’accélère ça sème et ça plante chaque semaine, nous entrons dans le dur.

Et re-voilà les rhubarbes !

La période avril/mai/juin est la plus difficile en terme de rythme de travail. Il y a du travail partout (semis, plantation, travail du sol, désherbage, récoltes…) et c’est là que l’on voit si notre planification du travail a été correctement préparée cet hiver. Notre agenda est rempli de consignes journalières sur le travail à effectuer : légume/variété à semer, où, comment (espacements), quand, préparation de sol, etc.

Anne n’est pas encore revenue à 100 % sur la ferme, notre petite dernière demande encore (et c’est normal!) pas mal d’attention, et elle commence tout juste sa période d’adaptation à la crèche. C’est donc avec l’aide de Thibault et d’Audrey – nos stagiaires BPREA venant sur la ferme 1 à 2 semaines par mois – et celle d’amis de passage, que les chantiers les plus difficiles peuvent être rapidement menés à bien. Un grand merci à eux pour les coups de main et les riches discussions.

Notre duo de choc Véronique et Régis répondant toujours présents à l’appel de la Terre, même quand il s’agit d’épandre du fumier !

« On a déjà fini ? C’est déjà l’heure du café ? Qu’est-ce que c’est passé vite ! ». Le temps et le travail s’envolent bien plus vite lorsqu’on travaille à plusieurs…

Pour finir, comme toujours, nous poursuivons nos petits aménagements pour améliorer l’accueil de la biodiversité sur la ferme. Cette fois, nous avons disposé des petits tas de pierres à divers endroits pour offrir le gîte aux reptiles, belettes et autres prédateurs bienvenus.

Les legumes du mois

Légumes à venir à la reprise des marchés :  

  • Navets nouveaux (boule d’or)
  • Blettes botte
  • Mesclun
  • Choux rave
  • Coriandre/Persil botte
  • Pois mange-tout

Et bientôt… Petit pois, Pomme de terre primeur, Rhubarbe, Oignons blancs, Laitues…

Petit point Agri-culture

Ce mois-ci, nous relayons juste les références d’un film qui retrace le combat opposant société civile et “phyto-agro-business”. Ce film, dont vous avez peut-être déjà entendu parler est Goliath, réalisé par Frédéric Tellier. Ecoutant souvent notre radio portative lors des travaux de la ferme, nous sommes tombés sur des émissions évoquant le film, notamment en présence des acteurs Gilles Lelouche et Pierre Niney.

Le scénario de « Goliath » tresse entre elles des dizaines d’anecdotes réelles, mais nous les avons modifiées et « fictionnalisées ». Aucune anecdote n’est réelle à 100%, mais tout est vrai à 99% », raconte ainsi Simon Moutaïrou, le co-scénariste. Ce film témoigne, comme d’autres enquêtes ou reportages ont déjà pu le faire, du grand déséquilibre entre les forces en jeu. D’un côté les victimes des pesticides (citoyens dont agriculteurs) et associations qui les soutiennent et de l’autre de grandes firmes phytoparmaceutiques dont les voix se rapprochent étroitement des cabinets ministériels et autres instances européennes. Il est même arrivé, lors du débat toujours en cours sur l’utilisation du glyphosate, que les rapports officiels appuyant la ré-autorisation de l’herbicide en 2017 reprennent mot pour mot des pans entiers de l’argumentaire de Monsanto (cf. l’article du Monde traitant de ce plagiat https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/15/glyphosate-l-expertise-de-l-ue-minee-par-le-plagiat_5409233_3244.html: ” […] des plagiats à plus de 50 %, et de copiés-collés à plus de 70 %. Selon les deux chercheurs – dont le travail a été passé en revue par deux spécialistes du plagiat scientifique avant d’être rendu public –, « il est clair que l’adoption par le BfR (l’Institut fédéral d’évaluation des risques allemand), sans recul critique, d’informations biaisées, incorrectes ou incomplètes fournies par les fabricants [de glyphosate] a influencé la base même de son évaluation » de la dangerosité du produit controversé.-)

Edito

Dans cette rubrique, nous souhaitons exprimer des avis personnels en lien avec notre métier d’agriculteur, ou faire des petits zooms sur l’actualité de l’agriculture.

La guerre en Ukraine a récemment déboulé dans notre réalité. Nous ne ferons pas ici d’analyses géopolitiques de la situation car elles sont déjà nombreuses et que cela ne relève pas de notre compétence de paysans… Quoique! Nous aimerions ici parler des conséquences de cette guerre sur les idées et les futures politiques agricoles….

C’est un article paru dans l’Ouest France du 19-20 mars 2022 qui a en premier lieu retenu notre attention. Y est évoquée la dépendance de notre système agricole européen aux engrais russes (25% de nos engrais européens viennent de Russie). Le rédacteur de cet article, spécialiste agricole écrivant également dans des revues spécialisées, nous apprend que “les nutriments apportés par le fumier et le lisier de bovins/veaux/porcs vont nourrir les plantes et permettre leur développement. Mais les engrais organiques ne suffisent pas. Les cultivateurs utilisent aussi des engrais minéraux fabriqués à partir de minerais extraits du sous-sol.”.

Ah bon, les engrais organiques ne suffisent pas? Quel étonnement peut on avoir quand on sait que depuis des millénaires, des agriculteurs pratiquant l’agriculture paysanne cultivent et produisent de la nourriture en se passant d’engrais minéraux. Ce type d’engrais est de toute façon proscrit par le cahier des charges Bio et n’existait n’existait tout simplement pas avant la seconde guerre mondiale (de même que tous les pesticides issus de la pétrochimie… au regard de l’histoire, cette agriculture conventionnelle, ou plutôt chimique, n’est qu’une parenthèse qu’il serait souhaitable de refermer qu plus vite). Cette dépendance aux engrais russes apparaissant aujourd’hui si problématique (enfin!), n’a donc rien d’inéluctable, elle résulte d’un choix spécifique de modèle agricole.

Attention, nous ne parlons pas de choix individuel de chaque agriculteur qui pourrait décider ou non d’adopter des pratiques vertueuses, ce n’est malheureusement pas si simple. On parle ici de choix structurel, de choix politique: viser et inciter une agriculture ultra-dépendante d’intrants étrangers (engrais minéraux, soja,…etc.) dans le but d’honorer/développer nos marchés à l’export. Nos représentants et dirigeants du monde agricole ne semblent parfois parler que d’export quand l’objectif de nourrir convenablement la population française est encore loin d’être atteint. 21 millions de français se déclarent insatisfaits de leur alimentation et 7 millions d’entre nous dépendent maintenant de l’aide alimentaire (débouché bien pratique pour la surproduction agricole industrielle).

Billes d’ammonitrate
La bombe de Beyrouth…

Aujourd’hui, la cacophonie de la FNSEA, syndicat majoritaire est reprise par le gouvernement. Pour viser une soit-disant souveraineté alimentaire mise en péril par la guerre, il faudrait foncer tête baissée dans un modèle encore plus productiviste. Produire plus en se délestant des normes environnementales et sociales bien embêtantes, l’occasion est trop belle! Intensifier d’avantage = +de pétrole, + d’engrais, + de mécanisation… Cela va-t-il véritablement dans le sens d’une autonomie plus forte à l’avenir? La réponse à cette question nous semble assez triviale.

Quant à l’argument entendu de la bouche de certains élus agricoles arguant la venue prochaine de famines en nord-Afrique, que répondre? N’avons nous pas déjà fait beaucoup de dégâts avec nos exports de produits laitiers effondrant les prix et la production locale? Nous avons participé au terreau de ces famines et nous devrions régler le problème par notre surproduction industrielle?

Cette guerre en Ukraine met justement le doigt sur un point sensible: notre modèle agricole reste très dépendant et donc ultra fragile face à des chocs de ce type. Nos sociétés semblant se diriger vers plus d’instabilité (pandémies, guerres, changement climatique…), il est urgent de chercher à atteindre au plus vite un système alimentaire plus résilient.

A-benn ar wech all evit keloù all ! A bientôt pour la nouvelle gazette !

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