Comment philosopher sur l’utilisation des pesticides en tuant des doryphores

Enfin, un dernier zoom sur le chantier du moment qui nous prend un temps fou: le massacre des doryphores. Cette année ils sont particulièrement nombreux, et leur pullulation s’est faite sentir brusquement. Cela fait donc 2 semaines que nous passons de longues heures courbés en deux dans les rangs à écraser toutes les pontes et larves que nous voyons.

Les oeufs…
…et les parents

900m², courbés sous le soleil, à détailler méticuleusement plant par plant afin de trouver les bestioles rayées si adultes et rouges si larves… Nous avions à nos débuts écrit un petit article où l’on expliquait notre choix de faire cette opération manuellement sans recourir aux bio-pesticides. Cette année, nous avons rapidement requestionné ce choix devant l’ampleur de l’attaque, mais après s’est fait quelques nœuds au cerveau, nous avons tout de même décidé de rester sur notre position. Pour nous redonner du baume au cœur, hier nous avons néanmoins trouvé le moyen de réduire grandement le temps passé à cette tâche : on passe maintenant nos plants à la balayette et on fait tomber tout ce petit monde dans un seau. Et zou, efficace et rapide! Il ne faut pas avoir la phobie des insectes pour observer le contenu du seau grouillant des charmantes bébêtes après la chasse en question! Je vous épargne la photo…

Pour venir conforter notre choix du travail manuel, gros buzz médiatique depuis la diffusion la semaine dernière du dernier Cash investigation “Alerte sur le bio” que vous trouverez ici en rediffusion si vous l’avez loupé.

Où l’on nous confirme que les bio-pesticides, pourtant autorisés en AB car d’origine naturels, sont loin d’être tous inoffensifs, pour la santé des humains comme celle des écosystèmes. Pour celles et ceux qui ont vu l’émission, on ne comprend tout de même pas vraiment la surprise des journalistes face à l’utilisation des bio-pesticides en Bio. Le cahier des charges en Agriculture Bio est pourtant formel, l’AB garantit une agriculture sans engrais et pesticides de synthèse. Certains bio-pesticides, certes conçus avec des substances naturelles, peuvent être rémanents pendant plusieurs semaines dans le milieu. A Legumaj Kergwenn, nous avons donc décidé de nous en passer.

Nous avons bien conscience que ce choix ne s’offre à nous que parce que nous ne cultivons que sur des surfaces réduites. Sur de plus grandes parcelles (en chimique ou en bio) produisant des légumes à destination des supermarchés, des collectivités… c’est tout simplement impossible. Avec seulement 400 000 paysans, produire sans grosse mécanisation ni pesticides (chimiques/ bio pesticides), nourrir la France entière (et exporter!) est totalement irréalisable. Si on prend du recul, il faudrait installer des millions d’agriculteurs.trices, travaillant sur des fermes plus petites. Il faudrait aussi requestionner l’omniprésence des supermarchés… Et reste la question de comment nourrir les grandes villes et celle (et non la moindre) de l’accès à une alimentation de qualité pour des français.e.s au pouvoir d’achat de plus en plus limité.

L’ampleur de la réflexion et surtout de l’action à mener laisse songeur !

Ar wech all pour de nouvelles aventures!

4 réflexions sur “Comment philosopher sur l’utilisation des pesticides en tuant des doryphores”

  1. bravo à vous pour votre engagement courageux en “vrai” Bio !
    une raison de plus de venir aux légumes chez vous 🙂
    biz

  2. DEROUCH Emilie

    Je suis en train de lire “Le monde sans fin” de Jancovici et je me fais aussi des noeuds à la tête : tous redevenir paysans (en bio et sur de petites surfaces évidemment, l’agriculture conventionnelle mécanisée et chimique ne fonctionne qu’avec un pétrole peu cher et abondant), c’est sans doute l’une des seules options qu’il nous reste. Alors va pour la balayette, bon courage à vous !

  3. Annick Sévère

    Vous êtes de courageux philosophes !!
    J’ai vu l’émission sur le Bio… Cette affaire de Spinozad n’est quand même pas claire, notamment la position de l’ Europe. Heureusement que vous avez votre libre arbitre pour utiliser (ou non) certains produits. Et pour l’avenir de l’alimentation je crois vraiment que la solution est dans la multiplication des petites exploitations, Bio bien sûr..

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