Les travaux du moment à la ferme
Bonjour à toutes et à tous! Nous pourrions commencer cette gazette par notre désormais habituelle phrase d’intro : »veuillez tout d’abord accepter nos plus plates excuses pour notre si long silence…. La gazette s’est absentée et nous avons tenté de combler avec quelques articles entre temps. Mais la revoici! Ar gazetenn Legumaj Kergwenn zo deuet endro! »
Nous reprenons la plume pour ne pas faillir à notre promesse, celle de vous tenir régulièrement au courant de la vie de la ferme.
Quoi de neuf depuis les derniers articles?
Comme chaque année, nous avons arrêté la vente directe courant janvier. Les quelques restes (navet, poireaux, mâche, etc) ont été écoulés via les biocoop quimpéroises. Nous avons aussi organisé avec les bénévoles du CCAS de Combrit, une récolte des poireaux restés au champ, comme cela avait été fait l’an passé. En discutant avec eux, l’idée a été émise de lancer des actions d’interconnaissance et d’autres chantiers de collaboration à l’avenir : affaire à suivre!
La vente d’œufs en libre service à l’entrée de la ferme continue et semble bien fonctionner. Nous alimentons le stand tous les jours donc n’hésitez pas à passer!



Après notre pause de vacances de fin d’année, les travaux ont repris tranquillement. Janvier a surtout été occupé par notre déménagement, nous avons en effet trouvé une location tout près de la parcelle, une bonne chose de faite! Ce mois de février a passé vite car bien rempli. Nous avons retiré les restes de cultures de 2024, rangé et nettoyé les toiles tissées (qui resservent d’année en année). Grâce à la planification que l’on fait vers la fin novembre, nous avons décidé quelles serres accueilleraient quoi, où et quand.
Ainsi, dans les serres primeur, nous avons fauché l’engrais vert (mélange avoine/vesce semé en septembre ou octobre), arrosé et occulté le tout pendant au moins 1 mois.
Puis, lorsque le temps est venu, on débâche, on plante/sème. Idem pour les planches de culture encore paillées au foin de 2024: on écarte le foin en andains dans les allées – les passes-pieds, là où on circule – puis on pante/sème. Un petit passage de grelinette s’avère parfois nécessaire pour décompacter le sol.
L’hiver est aussi propice aux bricolages. Nous avons surtout réparé les portes des serres dont les bâches avaient été mises à mal pendant les coups de vent cet hiver. Nous avons aussi taillé nos arbres fruitiers, et fait tailler notre vigne par Albert un voisin passionné de plantes.

Voilà les semis déjà réalisés: carotte primeur, patate primeur, betterave primeur. Les plantations, quant à elles, se font avec les plants que nous avons faits dans la pépinière ou ceux que l’on commande au lycée horticole de Châteaulin: petits pois/pois gourmand, salades, choux raves, navet.




Nous espérons que le semis de carotte primeur fonctionnera bien, nous enregistrons un résultat assez inégal selon les années! Sur notre nappe chauffante, là où se développent nos plants de pépinière, nous avons eu une mauvaise surprise cette année: des campagnols ont trouvé nos semis de courgette primeur: 160 poquets et leurs jeunes pousses grignotés en une nuit… Nous avons donc fait la chasse aux moyens de grimper sur les tables et avons disposé des appâts un peu partout. Il suffit de laisser trainer un voile de forçage trainer: voilà une route d’escalade toute tracée pour la campagnols. La série de semis est relancée… plus de problèmes pour l’instant, on croise les doigts.



Tout récemment, nous avons lancé les semis d’aubergines et de tomates. ça fait drôle de semer ces légumes d’été, si loin de la saison chaude… mais pour pouvoir les planter en avril, le semis c’est maintenant! Nous essayons cette saison de créer nos propres plants de patate douce , on verra ce que ça donne.


La saison reprend bien, hormis un petit coup de stress suite à un lumbago éclair de Yann (son premier, et on espère le dernier). Cocktail fin de journée fatigante + port de charge lourde imprudent = bonne piqure et rappel sur les gestes et postures pour les années à venir !
La nouveauté 2025 sera le passage en GAEC et dans la foulée l’acquisition des terrains. Nous y travaillons avec l’aide de notre centre comptable et du Civam 29. Nous vous tiendrons informés dans les prochains numéros de la gazette! Yann passera enfin du statut de conjoint collaborateur à celui d’associé exploitant. La reconnaissance professionnelle, enfin ^^: « j’aurai enfin le droit de donner mon avis sur la gestion de la ferme 😉 ». ça, on verra, on le votera ou non en assemblée générale !




Les légumes du mois
Pour l’instant, la vente est toujours en pause. Nous reviendrons fin avril avec les primeurs, quand tout aura bien poussé:
- Petits pois
- Choux raves
- Salades
- Fêves
- etc …

Agri-culture

C’est de nouveau moi (Anne) qui vais vous parler des dernières avancés de notre boulot au Civam sur l’accès à l’alimentation. Les travaux de la ferme cet hiver m’ayant laissé un peu plus de temps, j’ai pu m’y consacrer d’avantage. Et il se trouve qu’au niveau national ça commence à bouger pas mal, donc ça motive à poursuivre !
La promotion de l’étude menée en partenariat avec le Secours catholique « l’injuste prix de notre alimentation » (dont je vous ai déjà bien parlé dans notre dernière gazette, je ne vais pas en remettre une couche) porte ses fruits. Nous nous étions rendus à Paris à l’assemblée nationale pour la présenter à plusieurs députés intéressés par la question.
Ce mois-ci, grande avancée ! Suivant les députés « sympathisants » à la cause (Boris Tavernier EELV, Guillaume Garrot PS et Richard Ramos Modem), une centaine de député.e.s viennent de signer une résolution pour voir naître une loi cadre pour le Droit à l’alimentation. Le colloque auquel nous avons participé en atteste: avec l’aide alimentaire d’urgence, la France s’est uniquement dotée de mesures pour nourrir une partie de la population toujours grandissante. Mais cela ne constitue pas un droit à l’alimentation, décliné juridiquement dans le droit français, comme vous pourrez le constater en lisant sa définition:
Le droit pour toute personne d’avoir physiquement et économiquement accès à tout moment à une nourriture suffisante, adéquate et culturellement acceptable, qui soit produite de manière durable, afin de préserver l’accès des générations futures à la nourriture.
FAO
L’espoir est d’obtenir une loi cadre à portée transversale qui interviendrait sur les secteurs de l’agriculture, de la santé, de l’éducation… Beaucoup de pain sur la planche! Mais d’autres pays du monde ont déjà commencé à se mettre au travail, par exemple le Brésil qui, avec un programme ambitieux depuis 2003, a réussi à sortir 20 millions de brésiliens de la pauvreté (avec un net recul de ce progrès social sous Bolsonaro, évidemment…).
Et il y a quelques jours, une proposition de loi a été portée pour expérimenter à grande échelle des expériences de Sécurité sociale de l’Alimentation. L’idée (simple) mais révolutionnaire: sortir l’alimentation de la loi du marché. Pour ceux et celles qui veulent en savoir plus sur le sujet, une interview de Boris Tavernier dans Reporterre qui explique tout ça mieux que moi 🙂

Pour lire le petit post de notre asso sur le colloque sur le droit à l’almentation le 19 février dernier, et pour voir les photos trop classes de notre air décidé devant l’assemblée 😉 il faut faire défiler le pdf avec la petite barre à droite.
Pour finir sur une note moins positive, l’actualité du moment c’est aussi, bien sûr, la LOA (loi d’orientation agricole), qui a justement été votée jeudi soir lorsque nous étions à l’assemblée. Zut, nous avons manqué d’inventivité pour nous glisser dans l’hémicycle et trouver un moyen de saboter le vote 😉

Bref, je ne vous cache pas que dans nos réseaux, nous sommes assez catastrophés de la tournure que prennent les choses: avec cette loi, l’agriculture française poursuit résolument sa trajectoire agro-industrielle et sa course à la productivité et à la compétitivité, où elle ne sera jamais gagnante face à des pays aux normes sociales et environnementales moins-disantes. Les questions cruciales du revenu, de l’accès au foncier et de l’installation des jeunes n’y sont pas abordées sérieusement. L’allègement des normes environnementales censée apaiser les agriculteurs (surtout avant le salon de l’agriculture 😉 ne contribuera qu’à détruire d’avantage la nature, l’outil de travail des agriculteurs.
On a même atteint un sommet, puisque désormais la règle « nul n’est censé ignorer la loi » ne s’applique plus aux agriculteurs, on dépénalise les atteintes aux espèces protégées lorsqu’elles ne sont pas commises « de manière intentionnelle »…
Enfin bon… on continue à lutter chacun-e à son niveau, et gardons espoir en l’intelligence collective (ce qui n’est pas facile parfois…) !

A-benn ar wech all evit keloù all ! A bientôt pour la nouvelle gazette !
